Réussir fruits et légumes 08 novembre 2013 à 08h00 | Par Réussir Fruits et légumes

Fiscalité - La taxe était de trop

L’écotaxe a catalysé des revendications du secteur agricole, notamment celui des fruits et légumes. Sa « suspension » alimente des inquiétudes.

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- © Réussir

L’écotaxe est une nouvelle « fiscalité environnementale » sur les camions de plus de 3,5 tonnes qui devait entrer en vigueur au 1er janvier 2014 sur le réseau routier français (hors autoroute). Issu du Grenelle de l’environnement, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, et repris par le gouvernement de François Hollande, ce dispositif est déjà en place dans plus de 10 pays européens. Mais c’était « la taxe de trop » pour le secteur agricole : un secteur très ancré sur le territoire qui utilise le transport routier à tous les maillons de sa filière. Les concepteurs de ce nouvel impôt n’en avaient sans doute pas mesuré « l’impact multiplicateur », jusqu’à son concepteur Jean-Louis Borloo qui reconnaît qu’il aurait sans doute fallu revoir la formule. Selon une étude réalisée par Coop de France auprès de 30 coopératives, l’écotaxe représenterait 5 % de hausse du budget transport qui correspond en moyenne à 10 % du chiffre d’affaires d’une coop. Alors pour « éviter l’embrasement de la Bretagne », l'écotaxe a été suspendue d’une manière des plus inattendue, créant un nouveau camouflet politique.


Il est vrai que la région bretonne s’était très mobilisée sur le retrait de l’écotaxe, notamment la filière fruits et légumes qui est le premier fréteur régional. Prince de Bretagne estime que sa facture grimperait de 4,5 millions d’euros sur un budget transport de 70 millions. Olivier Sinquin, directeur de la Sica de Saint-Pol-de-Léon, précisait dans Ouest-France que « 3 centimes d’écotaxe sur un chou-fleur payé 0,50 cts au producteur, cela représente une augmentation de 6 % ». Pierre Bihan-Poudec et Jean-François Jacob, président et secrétaire général de la SICA, mentionnaient également les « conséquences dramatiques, irresponsables et irrémédiables que créerait cette nouvelle taxe », mais rappelaient aussi leur engagement dans l’aménagement du territoire avec notamment la création d’une compagnie maritime (Brittany Ferries) et d’une compagnie ferroviaire (Combiwest). Lors de la journée de manifestation du 22 octobre, la FDSEA de la Manche avait choisi le premier « portique écotaxe » en venant de l’Ille-et-Vilaine pour montrer sa solidarité avec les Bretons. « L’agriculture française souffre déjà de trop de distorsion. Le contexte aujourd’hui demande une adaptation des entreprises. L’écotaxe est un impôt supplémentaire dont on se passerait largement », mentionnait, Bernard Guillard, président de la branche légumes d’Agrial, dans l’Agriculteur normand.Sur une chaîne TV, Arnaud Rousseau, FDSEA, précisait à un automobiliste à un barrage de Seine-et-Marne que « l’écotaxe représente 5 cts d’euros sur une salade qui en vaut 45 ». Le professionnel dénonçait la distorsion qui pouvait toucher le produit local en expliquant que les poids-lourds espagnols remontant à Rungis ne croiseront qu’un ou deux portiques, car la taxe ne s’applique pas sur les autoroutes, alors que le camion de sa région passera sous 5 portiques pour atteindre le même endroit. « Nous sommes les maraîchers les plus proches de Rungis, à seulement 40 kilomètres, l’application de l’écotaxe entraînera pour mon exploitation de tomates un surcoût de 3 000 euros, soit 6 centimes de plus par kilo », explique Bastien Devos au Figaro, en chiffrant à près de 15 euros de taxe l’aller-retour. En Pays-de-Loire, les manifestants demandaient « l’ajournement pur et simple de l’écotaxe en attendant des jours meilleurs ». Et l’APCA témoignait de son soutien aux revendications. L’annonce de la suspension de sa mise en œuvre a donc été accueillie comme « une sage décision » dans le secteur agricole et une « bonne nouvelle » dans celui des transports. « Les agriculteurs, sans s’opposer à son principe, estiment nécessaire de s’assurer que l’écotaxe renouvelée ne pénalise pas nos exploitations et nos filières déjà très fragilisées », mentionnent les JA et la FNSEA.

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